C'est une explosion. C'est un son qui monte doucement, progression qui en vient à prendre possession de mon cerveau. C'est cette impression que la musique est partout dans ma tête. Puis elle se répand dans mon corps tout entier et je voudrais voler.
Je suis maître du monde. Mon pas est plus léger, ma démarche déterminée, je suis la plus belle. Le monde brille, tout va bien. L'avenir sera parfait.
L'eau court sur le trottoir, dévale les rues, engloutit les caniveaux, la ville toute entière. Elle inonde, comme la musique. Elle nous recouvre, nous emporte. Et je me sens en sécurité dans ce milieu qui épouse la moindre parcelle de mon corps. Il fait chaud, je ne suis pas seule.
Je cours, j'exalte. Je ris, je suis heureuse. Je suis au soleil, mes cheveux flottent au vent. La mer est là, immensité qui s'étend à perte de vue. Elle scintille de mille feux, elle pique nos yeux comme le -eil de soleil, cette immense masse ronde qui nous éblouit. Cela me démange : il faut partir ! Il faut danser ! Il faut respirer ! Il faut vivre, vivre ! Vite, vite ! Se soûler de cette ivresse la plus naturelle, la plus légitime ! Il faut être, toucher et voir, pour ne rien manquer, ne rien oublier, ne rien regretter ! Il faut lire le monde et le faire tourner ! Plus vite, plus vite ! Monte le son, ferme les yeux, emmène-moi n'importe où mais ailleurs, là où tout est plus radieux, plus beau, plus grand ! Et ne jamais penser à après. Il faut voir Paul. Encore. Parce que tous les chemins mènent à Paul. Et inévitablement, on y revient. À cet indubitable fait : il faut le voir. Le raisonnement est implacable : il faut aimer donc il faut danser donc il faut voir Paul.
C'était Der Buhold.

